La dégringolade inquiétante des financements de rénovation énergétique : Qui sont les vrais bénéficiaires ?

14 juillet 2023 à 12:35   •  Accueil » L'actualité du diagnostic immobilier
La dégringolade inquiétante des financements de rénovation énergétique : Qui sont les vrais bénéficiaires ?

La politique de rénovation énergétique de la France est-elle en train de manquer son objectif ? Avec une baisse significative des financements et du volume de travaux entrepris, il est légitime de se poser la question. Examinons de plus près la situation.

La rénovation énergétique à la peine : une tendance alarmante

La France compte environ 5,2 millions de résidences principales considérées comme des passoires thermiques. Pour accélérer leur rénovation, le gouvernement a mis en place diverses mesures, allant d'un ciblage massif des aides financières pour les rénovations globales à l'interdiction progressive de location des logements les plus énergivores.

Malheureusement, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le nombre de travaux de rénovation énergétique a chuté d'une manière alarmante, passant de 80 057 chantiers au premier trimestre 2021 à seulement 27 269 au premier trimestre 2023, soit une baisse de 66%. Cette tendance démontre une dynamique actuelle faible : les Français réalisent de moins en moins de travaux. Ce constat est d'autant plus préoccupant que le montant total des aides reversées a également diminué, passant de 109 693 383€ au T1 2021 à 46 282 945€ au T1 2023.

Le choix politique du gouvernement, qui favorise les rénovations globales générant le maximum d'économies d'énergie, semble ne pas atteindre son but. En effet, ces rénovations ne représentent que 2,6% des chantiers de rénovation énergétique réalisés au T1 2023, tout en captant 39% de l'ensemble des primes reversées aux Français.

Le changement de cap des aides : les ménages aisés en première ligne

Voyons maintenant qui bénéficie réellement de ces aides. Au premier trimestre 2021, 63% du montant total de primes versées avait profité aux ménages dits "précaires ou très précaires". Or, la situation a radicalement changé. Au T1 2023, seuls 35% des montants ont été reversés aux ménages ayant les plus faibles revenus.

Cette inversion de la dynamique s'explique notamment par le coût élevé des rénovations globales des logements. Le reste à charge pour les ménages peut atteindre plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d'euros, un montant rédhibitoire pour les ménages aux revenus les plus faibles, surtout dans le contexte économique actuel.

Il est évident que cette tendance aggrave les inégalités sociales et rend la transition énergétique des logements difficile pour ceux qui ont le plus besoin d'aides. La rénovation globale, bien qu'elle soit plus performante en termes d'économies d'énergie, reste hors de portée pour beaucoup de ménages. Il leur faut donc envisager des alternatives, comme réaliser des travaux plus modestes, appelés "mono-gestes", sur le long terme.

Une prime moyenne en hausse : le miroir aux alouettes des disparités croissantes

En surface, il semble que le montant de la prime moyenne reversée aux ménages soit en augmentation, passant de 1331€ au T1 2021 à 1697€ au T1 2023. Mais cette croissance cache de grandes disparités.

En réalité, cette hausse est principalement due à la montée en charge des rénovations globales. Les travaux qui étaient privilégiés par les Français jusqu'à présent voient leur prime diminuer. C'est le cas, par exemple, de l'isolation d'une toiture, qui permet de réduire de 30% les déperditions thermiques d'un logement : la prime a baissé de 49% depuis le T1 2021. Même constat pour l'isolation des murs, qui réduit de 20% les déperditions thermiques : la prime a diminué en moyenne de 66%. Enfin, la prime pour les chaudières à haute performance énergétique a chuté de 71%, avec un montant moyen de 263€ contre 916€ en 2021.

L'augmentation de 117% de la prime pour une rénovation globale (qui atteint désormais 23 679€) contribue à créer cette illusion d'une hausse générale de la prime. Mais en réalité, cette majoration profite essentiellement aux ménages les plus aisés, capables d'entreprendre de tels travaux.

Les inégalités sociales dans l'accès à la rénovation énergétique sont donc une réalité. Les ménages les plus démunis, qui sont précisément ceux qui auraient le plus besoin d'être aidés dans leur transition énergétique, sont laissés pour compte. Pour eux, réaliser des économies d'énergie immédiates grâce à des "mono-gestes" reste une solution. Cependant, vu la baisse drastique des primes pour ces travaux, leur situation n'est pas près de s'améliorer.