Opportunités manquées : comment les ménages à faible revenu sont passés à côté des subventions pour la rénovation énergétique

19 juillet 2023 à 19:54   •  Accueil » L'actualité du diagnostic immobilier
Opportunités manquées : comment les ménages à faible revenu sont passés à côté des subventions pour la rénovation énergétique

Souvent présentée comme une solution gagnant-gagnant pour l'environnement et les budgets des foyers, la rénovation énergétique semble pourtant avoir laissé de côté une partie importante de la population. Alors que les aides financières à la rénovation énergétique ont augmenté, un nombre croissant de foyers à faible revenu n'en profitent pas.

La paradoxale équation des subventions à la rénovation énergétique

Avec une augmentation des subventions pour soutenir les ménages français dans l’amélioration des performances énergétiques de leur logement, on aurait pu s'attendre à une augmentation proportionnelle des chantiers de rénovation. Mais une étude récente montre que ce n’est pas le cas. Le nombre de chantiers de rénovation ayant bénéficié de primes a chuté de manière spectaculaire, de 66 % en seulement deux ans.

Cette tendance inattendue survient alors que plusieurs dispositifs de financement ont été renforcés par les pouvoirs publics. Ma PrimeRénov', l’un des dispositifs phares en matière d’aides à la rénovation énergétique, a par exemple vu ses plafonds de financement augmenter. Paradoxalement, le montant moyen des aides versées aux foyers français a augmenté, passant de 1 331 € en 2021 à 1 697 € en 2023. Alors, pourquoi une telle baisse du nombre de chantiers ?

Cela s'explique par le fait que l'augmentation des aides financières ne concerne que les gros chantiers de rénovation. Ainsi, même si les rénovations globales ne représentent que 2,6 % des chantiers du premier trimestre 2023, elles ont consommé pas moins de 39 % des primes versées. Autrement dit, moins de projets sont réalisés, mais ils sont plus coûteux.

L'énigme des initiatives de rénovation en déclin malgré des aides accrues

On pourrait penser que plus les aides augmentent, plus les initiatives de rénovation devraient suivre. Mais les chiffres montrent une réalité différente. Les ménages modestes sont particulièrement touchés par cette baisse des projets de rénovation. En effet, la revalorisation des aides a principalement profité aux gros chantiers de rénovation, excluant de facto les foyers les plus modestes qui ne peuvent pas se permettre de tels travaux.

Avant 2023, les petits travaux étaient une solution pour les foyers aux revenus limités. Ils permettaient de rénover leur logement par étapes, en fonction de leurs moyens, au lieu de se lancer dans une rénovation globale coûteuse. Cependant, avec la refonte des aides financières en 2023, de nombreux travaux ne sont plus éligibles à Ma PrimeRénov'. Par exemple, l'achat d'une chaudière à gaz, même à très haute performance énergétique, n'est plus éligible depuis le 1er janvier 2023.

Par conséquent, avec des travaux ciblés de moins en moins financés, les ménages modestes n'ont d'autre choix que de reporter leurs projets de rénovation. Ce report a pour conséquence une baisse générale du nombre de chantiers de rénovation énergétique, malgré une augmentation des aides.

La déconcertante diminution du financement des projets de rénovation spécifiques

Si la rénovation globale est privilégiée par les aides, les travaux plus spécifiques sont quant à eux de moins en moins financés. Parmi ces rénovations, on compte notamment l'installation d'une pompe à chaleur, le remplacement d'une chaudière au fioul ou au gaz pour une solution plus durable, l'isolation des murs ou de la toiture, l'aménagement des combles.

Les foyers les plus modestes, qui ne peuvent pas se permettre de gros chantiers de rénovation, sont les plus touchés par cette baisse des aides. Par exemple, les primes pour l’installation d’un poêle à granulés sont passées à 2000 € pour les ménages modestes et à 2 500 € pour les ménages très modestes. De même, l’installation d’une VMC double flux ne bénéficie plus que d’une aide de 2 000 € pour les ménages modestes et de 2 500 € pour les ménages très modestes.

En conclusion, malgré une augmentation des aides à la rénovation énergétique, le nombre de chantiers a fortement diminué, particulièrement chez les foyers les plus modestes. La réorientation des aides vers les gros chantiers de rénovation semble avoir exclu une partie de la population qui ne peut pas se permettre de tels travaux. Une réflexion est donc nécessaire pour rendre ces aides plus accessibles et efficaces.