Les dernières tendances de la rénovation énergétique en France : une décroissance surprenante

03 juillet 2023 à 15:43   •  Accueil » L'actualité du diagnostic immobilier
Les dernières tendances de la rénovation énergétique en France : une décroissance surprenante

Si vous vous intéressez à l'immobilier et aux économies d'énergie, vous avez sûrement remarqué une tendance surprenante. Les travaux de rénovation énergétique, bien qu'essentiels pour la lutte contre le changement climatique et l'économie d'énergie, sont en baisse en France. Pourquoi cette décroissance ? Quels sont les facteurs qui y contribuent ? Voyons cela de plus près.

Le mystère de la chute de 66% des travaux de rénovation énergétique

En matière de rénovation énergétique, les chiffres sont alarmants. Selon les statistiques récentes, le nombre de chantiers de rénovation énergétique en France a chuté de 66% entre le premier trimestre de 2021 et le même trimestre en 2023. Une baisse qui peut laisser perplexe quand on sait que ces travaux sont cruciaux pour l'avenir de notre planète et pour la réduction de nos factures d'énergie.

Alors pourquoi une telle chute ? Les raisons sont multiples. Premièrement, on peut citer le contexte économique difficile. En effet, la crise sanitaire et ses conséquences ont entraîné une baisse significative du pouvoir d'achat de nombreux français. Les travaux de rénovation énergétique, bien que bénéfiques sur le long terme, demandent un investissement initial important que bon nombre de ménages ne peuvent pas assumer.

Autre élément à prendre en compte, les subventions. Ces dernières ont évolué ces dernières années, comme nous allons le voir dans la suite de cet article, et pas nécessairement au profit des ménages les plus modestes.

Vers une préférence gouvernementale pour les rénovations globales ?

Le changement le plus notable en matière de subventions pour la rénovation énergétique est sans doute le recentrage des aides sur les rénovations globales. En effet, le gouvernement a progressivement réduit les aides pour les travaux de rénovation énergétique dits "mono-geste", comme l'isolation d'un toit ou d'un mur, pour favoriser les rénovations globales.

Qu'entend-on par rénovation globale ? Il s'agit de travaux qui visent à améliorer la performance énergétique d'un logement dans sa globalité. Cela peut passer par l'isolation complète du bâti, le remplacement du système de chauffage, l'installation de systèmes de ventilation efficaces, etc. L'objectif est de maximiser les économies d'énergie et d'atteindre, autant que possible, la neutralité carbone.

Ce recentrage des aides, bien que louable dans l'idée, soulève néanmoins des problématiques. En effet, les rénovations globales demandent un investissement financier important, souvent hors de portée des ménages les plus modestes. De plus, elles demandent du temps, une contrainte qui peut être rédhibitoire pour certains.

Les financements, désormais à la portée des ménages plus aisés

En lien direct avec le point précédent, on assiste à une redistribution des aides financières pour la rénovation énergétique en faveur des ménages les plus aisés. En effet, comme nous l'avons mentionné, les rénovations globales sont plus coûteuses que les travaux mono-geste. Or, ces travaux bénéficient désormais de la majorité des aides financières, aux dépens des ménages les plus modestes.

Les chiffres sont édifiants. Selon les données récentes, seuls 2,6% des chantiers de rénovation énergétique concernent des rénovations globales. Pourtant, ces chantiers captent 39% de l'ensemble des primes reversées aux français. De plus, alors qu'au premier trimestre 2021, 63% du montant total des primes versées ont bénéficié aux foyers dits "précaires ou très précaires", cette proportion est tombée à 35% au premier trimestre 2023.

Cette évolution des aides financières soulève des questions quant à l'équité et à l'efficacité des politiques de rénovation énergétique. En effet, privilégier les rénovations globales peut avoir pour conséquence d'exclure les ménages les plus modestes de la transition énergétique.

Une prime moyenne en hausse : une réalité aux multiples facettes.

Malgré la chute du nombre de chantiers de rénovation énergétique et la redistribution des aides financières, la prime moyenne reversée aux ménages est en hausse. En effet, elle est passée de 1.331€ au premier trimestre 2021 à 1.697€ au premier trimestre 2023. Comment expliquer cette augmentation alors que les travaux de rénovation énergétique sont en baisse ?

La réponse réside dans la nature des travaux subventionnés. Comme nous l'avons mentionné précédemment, les rénovations globales, qui demandent un investissement plus important, sont désormais privilégiées. Par conséquent, même si le nombre de chantiers de rénovation énergétique est en baisse, le montant moyen des subventions est en hausse.

Mais cette hausse de la prime moyenne cache des disparités. En effet, certaines travaux mono-gestes, autrefois privilégiés par les français, voient leur prime s'effondrer. C'est le cas par exemple de l'isolation d'une toiture, qui voit sa prime baisser de 49% depuis le premier trimestre 2021. Même constat pour l'isolation des murs, dont la prime baisse en moyenne de 66%.

En conclusion, bien que les travaux de rénovation énergétique soient essentiels pour notre avenir environnemental et économique, les politiques en vigueur semblent avoir des effets pervers. Une réflexion s'impose donc sur la manière de rendre ces politiques plus équitables et efficaces.